Fin des partiels! Enfin! Vous vous en foutez très certainement mais j’avais besoin de l’écrire. D’autant plus que j’ai une mauvaise nouvelle pour vous. Phil est parti en week end avec sa dulcinée pour fêter l’évènement. A Genève. Et donc je poste encore, toute seule. Le prochain sera pour lui, quand il sera rentré de la région du Léman. Ah… Genève… Son lac, sa fnac, ses magasins, ses banques et son cana… Genève. J’y songeais justement pendant le cours de droit pénal alors que, incroyablement légère, je laissais mes pensées se balader (au demeurant, j’ai vite repris contact avec la réalité et maintenant je veux faire de la criminologie MAIS c’est un autre débat). A rêver toute éveillée, comme ça, des souvenirs me sont revenus, notamment celui d’une soirée toute particulière où mes complices et moi-même avons fini notre nuit au bord du lac. Nous étions en été, le fond de l’air était frais, le soleil n’était pas encore levé bien que nous puissions apercevoir ses couleurs qui teintaient légèrement le ciel d’un carmin nocturne. Que de poésie. Ah. La poésie. Ce soir-là, précisément, un de mes amis – dont la culture incroyable ne cesse de m’émerveiller – a commencé à déclamer quelques vers. Des vers magnifiques, vous vous en douterez, et choisis avec une finesse rarement atteinte.

 

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige. 

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Les Fleurs du mal – Spleen et Idéal – Charles Baudelaire

 

Pour reprendre ses paroles, il draguait la lune. Et nous y voilà. L’instant frôle la perfection. Une petite brise, la voix de Gey qui claque dans le silence d’un Genève endormi et alors que ce souvenir luit en nous comme un ostensoir, le soleil s’éveille doucement. Harmonie du soir, de Baudelaire. Un choix on ne peut plus génial. Presque autant que le poème, à dire vrai.

Je vais vous gaver un peu avec du jargon littéraire mais, au risque de m’y plaire, il me semble nécessaire de souligner tout le Génie de Charles Baudelaire.

De par sa structure, ce poème s’avère être un pantoum. Petit nom discret d’une structure qui s’organise en quatre quatrains et dont la particularité repose sur les règles de composition fondées sur la répétition de certaines rimes. Relisez avec attention le poème et notez, d’abord, les fins de vers : tige, encensoir, soir, vertige / encensoir, afflige, vertige, reposoir / afflige, noir, reposoir, fige / noir, vestige, fige, ostensoir. Relisez les vers maintenant. Remarquez leur enlacement, leur croisement et toute la majesté de cette sorte de danse entre les alexandrins.  Parceque c’est à peine si cette répétition élégante se remarque. Aucune redondance.  Structure, rythmique, une alchimie de technique pour amener à quelques vers nous déclamant la beauté d’un paysage crépusculaire à la mélancolie d’un cœur douloureux. Encore une fois, pour le citer, Baudelaire « prend votre boue pour en faire de l’or ».

Le violon frémit comme un cœur qui s’afflige.

De la beauté de sentir la musique. De visualiser le chant lancinant et délicat de l’instrument et le sentir s’accorder à nos humeurs, à nos pensées. Une image parmi tant d’autres dans ce poème que j’apprécie tout particulièrement, d’un poète que j’ai toujours aimé & de son recueil le plus connu. Au demeurant, Harmonie du soir reste un texte qu’on qualifie souvent de trop académique et dont on entendra davantage parler dans un cours de littérature que dans une conversation entre amis. Parce que c’est un pantoum, que c’est malaisien et que ça n’inspire peut-être pas grand monde.

Vous vous ferez votre opinion, vous êtes même chaleureusement invités à la partager.
Vous connaissez le mien, anyway.

 

Bonne soirée à tous,

Bon week end,

& Bonne cuite.

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