Non, non, c’est vrai. Malheureusement, je suis difficile et en plus pas connaisseuse. Derniers films vus? Max & les Maxi-monstres (excusez-moi, je vais vomir, plus jamais ça), Pas si simple (ouais, le divorce c’est cool, youpi, ahah, c’est drôle mais bon) & Avatar (JAMES CAMERON, les mecs, JAMES CAMERON! Et?).

Forcément… Le porte monnaie et l’encéphale commencent à crier leur douleur.

 Et hier… Dimanche, donc. Eclair de génie. Ou, plutôt, non. Pas éclair de génie. Je venais de passer la journée à trainer comme une âme en peine dans mon appart à regarder ma coloc dans le blanc des yeux et à me faire chier comme ça devrait même pas être autorisé. Bref. Besoin de prendre l’air, mais pas trop loin. Ça tombe bien, le cinéma (le Pathé, oui, je sais, excusez-moi) est au bout de la rue. On a choisi le film le moins disgusting à l’affiche et ça nous a mené à aller voir LE film qui va me permettre non seulement de vous faire chier avec le peu de critique que je serais capable d’en tirer MAIS AUSSI – et c’est là que c’est merveilleux – de tirer sur la critique littéraire. De fait, je valide l’exercice et je m’y adonne en souriant.

 *suspense*

 Ouais, j’avoue, je suis allée voir Invictus.

 *chute de la tension*

 Oui, je sais, un joli petit film hollywoodien juste comme il faut… N’empêche que pour un film hollywoodien, j’ai kiffé sa race.

Je vais quitter un peu le vocabulaire d’usage pour devenir plus sérieuse, ça aura le mérite de faire plus élaboré.

Concrètement, le film n’a pas un scénario hallucinant il est même plus que prévisible. 1990, Nelson Mandela est enfin libéré de Robben Island. 1995, Nelson Mandela est élu président de la République d’Afrique du Sud. L’Apartheid touche juste à sa fin, la haine raciale n’a de cesse de diriger les rapports entre les êtres humains, les pauvres petits africains jusqu’alors accablés par les grands méchants racistes blancs cherchent la vengeance qui leur est due et Matt Damon joue au rugby.

& Comment mieux unifier un peuple qu’en soutenant l’équipe nationale de rugby pour gagner la coupe du monde?

Le premier qui crie au spoil aura des ennuis, c’est pas comme si tout le scénario n’était pas déjà exposé dans la bande-annonce. Je préviens juste. Ne vous attendez ni à des rebondissements ni à être surpris. C’est un film hollywoodien. Après cette petite minute cynique, passons au fond de la chose. C’est-à-dire : comment est-ce que j’ai pu apprécier ce film.

1 – Morgan Freeman. Ce seul nom se passe de commentaires. On s’incline, on respecte et on ferme sa gueule, MERCI.

2 – Aurait dû arriver en première raison mais je ne pouvais pas insulter Madiba. Cette raison, à dire vrai, se cale sur la règle numéro 1 de base pour me faire regarder un film : La VO. Le truc agréable & surprenant avec Invictus c’est que – pour une fois – on s’est donné la peine de faire un effort sur l’accent anglais. Ou plutôt africain. Même l’habitué, le bilingue, l’adepte profond de la règle numéro 1 sera surpris au début. Et ça fait plaisir, ça fait du bien. Petit coup de cœur d’une linguiste, en somme.

3 – Clint. Faisons-nous une raison, Monsieur est doué pour inspirer des émotions même chez les plus aigris et, malgré la simplicité maladive des thèmes traités, cette simplicité est mise en scène toute en délicatesse. Il y a quelques scènes qui ponctuent le film qui sont d’une grande humanité, pour ne pas dire émouvantes. Une bande de rugbymen qui va apprendre son sport dans les townships. Un stade, entier, qui chante un hymne national. Le regard de Mandela, à certains moments. La fierté, dans le regard de certains, et l’absence de haine, dans le regard d’autres.
Ça pourrait presque être niais si ça n’était pas vrai. Après, ce n’est jamais qu’hautement subjectif.

4 – Et il y a un gros plan sur le Haka des All Blacks. Quand même.

On ressort 2h12 plus tard avec un sourire satisfait.

Il faut dire que malgré tout c’est la dimension humaine qui prime tout le long du film. Freeman joue Mandela avec brio et on ne peut que s’incliner devant la prestance et la grandeur du monsieur. Ça donne des envies de vieillir à la future juriste en humanitaire que je suis, ça fait rêver quelque part et les idéalistes déçus auront chaud au cœur.

 

Et puis… Invictus.

Invictus, le fameux VII de Henley. Un poème victorien qui a pour lui d’être court mais puissant. Invictus, c’est quatre strophes, quatre quatrains. Seize vers. Une ôde à la résistance. Je pourrais en parler pendant des heures, vous expliquer la beauté d’une harmonie profonde, d’un poème tout en puissance qui dessine les esquisses d’une lutte quotidienne jusqu’au deux derniers vers. I am the master of my fate : I am the captain of my soul.

Oui, je pourrais vous parler de cet anglais parfait qui nous éloigne des éternels sonnets shakespeariens, je pourrais même vous faire une dissertation « poème élisabéthain versus poème victorien ». Mais à quoi est-ce que ça servirait? Avez-vous besoin que je vous explique la rythmique anglaise pour comprendre quelque chose à la splendeur de certains textes? Je crois que parfois, sans que les mots se suffisent, l’alchimie qui s’opère entre eux est suffisamment belle pour vous éviter un pâté technique et – pour beaucoup – indigeste.

 INVICTUS

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.
 

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

William Ernest Henley


lien wikipedia pour les non-anglicistes

 

Alors si Dimanche prochain vous vous sentez l’âme d’un étron, allez au cinéma.  

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